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PASSAGES ET PERSONNAGES DE LA GUÉRILLA DE ÑANCAHUAZÚ
par Víctor Montoya
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(traduit de l’espagnol par Michel Gladu)


La guérilla de Ñancahuazú dans les forêts du sud-est bolivien ne fut pas un événement spontané et isolé, mais une action qui depuis le début s’appuyait sur l’approbation du Parti Communiste de Bolivie.

Au milieu de l’année 1965, lorsque quelques jeunes militants qui étudiaient alors à La Havane sollicitèrent auprès de Jorge Kolle Cueto l’autorisation de se soumettre à un entraînement intensif de guérillero, celui-ci alors deuxième secrétaire de son Parti n’hésita pas à leur donner son consentement, tout comme Mario Monje qui s’était engagé auprès de Fidel Castro pour initier à court terme la lutte armée en Bolivie.

Une fois que les jeunes eurent achevé leurs qualifications au campement militaire, Mario Monje se hâta de célébrer un « pacte de sang avec eux, consistant à se piquer une veine et à laisser dégoutter le sang au sol tout en faisant le serment de combattre pour la libération du pays et ce jusqu’à la victoire ou la mort! » Quand on l’informa que Che Guevara lui-même assumerait le commandement de la guérilla, Monje s’exclama : « Je combattrai avec lui en quelque lieu que cela puisse se passer. » Mais, lorsqu’on l’informa que la lutte comporterait des visées internationales, il garda un silence suspect.

À mesure que les préparatifs de la cellule de guérilla arrivaient à leur phase finale, une peur coupable s’empara du cœur des traîtres. Mario Monje qui paraissait au début le plus intrépide, commença à repousser les projets que lui-même avait conçus à Cuba. L’écrivain Jesús Lara dit, pour illustrer ce geste lâche : « Sa terrible maladresse fut de s’être attribué un courage entendu au campement guérillero, en faisant cet ostentatoire pacte de sang et en prêchant pour la lutte armée sans en prévoir les conséquences. » Plus loin, il ajoute : « Il envoya Coco Peredo à la fin d’octobre avec la mission de transmettre à Inti l’ordre de mettre fin à l’entraînement des gens au campement (cubain). Il employait l’échappatoire qui démontrait clairement son intention d’esquiver son engagement, en abandonnant tout pantois tant de jeunes gens qui avaient mis leur foi et leur confiance en lui ».

Le 12 novembre 1966, Inti Peredo arriva à Cochabamba. Il prit connaissance de ses ordres et se dirigea vers Le Pincal, à côté de la rivière Ñancahuazú où son frère Coco, Rodolfo Saldaña et Jorge Vásquez Viaña avaient acquis une grande propriété rurale boisée et accidentée. Simultanément au voyage du jeune guérillero, Jorge Kolle Cueto alla commenter, sans connaître l’état de la cellule de guérilla, qu’une action armée s’opérait dans le dos du Parti Communiste, dirigée par des étrangers et un noyau de boliviens; même qu’il fut celui qui informa le Congrès du Parti Communiste d’Uruguay qu’il se préparait en Bolivie une lutte armée à portée continentale.

Quand Mario Monje se rendit à Ñancahuazú accompagné de Coco Peredo à la fin de décembre 1966, il était très nerveux et en donnant la main aux guérilleros, les salua froidement. Il discuta de la chefferie avec le Che; pendant ce temps Inti, qui était déjà certain que l’organisation dans laquelle il forgeait ses idéaux ne s’incorporerait pas à la lutte, nota dans son journal de campagne : « Monje m’a demandé de parler avec les camarades boliviens. Immédiatement, j’ai consulté le Che pour lui demander si cela était possible. Che me répondit par l’affirmative. Une réunion dramatique commença alors, parfois tendue, persuasive à d’autres moments », et, à la question du pourquoi de son désaccord, Monje rétorqua avec fermeté : « Le commandement militaire est une question de principe pour nous, tellement de principe que le Che ne veut pas me le remettre. Sur ce point, notre désaccord est absolu (…) » Les paroles de Monje nous indignèrent –dit Inti-, surtout lorsqu’il qualifia le Che « d’étranger », en niant stupidement sa qualité de révolutionnaire continental. Mais son effronterie frôla l’extrême limite lorsqu’il nous proposa de déserter ».

Dans un message dirigé à Fidel Castro, le Che évalua ainsi cette rencontre : « L’entrevue a eu lieu. Estanislao (Monje) établit trois conditions pour accepter que le PCB [1] appuie la guérilla et que celle-ci soit dirigée par le Che :

1 - Sortir élégamment de la direction du Parti.

2 - Être réellement le chef du mouvement tant que celui-ci s’opérerait à la grandeur de la Bolivie.

3 - Réaliser une tournée en Amérique du Sud pour convaincre les Partis qu’on se doit d’appuyer les mouvements de libération.

J’ai répondu que pour les numéros 1 et 3, il les solutionnerait comme bon lui semblerait, mais que le numéro 2, je ne pouvais pas l’accepter ». Et, dans son message du 23 janvier 1967, il considérait déjà Monje comme son ennemi, exactement à l’instar du Général René Barrientos Ortuño, président bolivien d’alors.

Fidel Castro, quitte à révéler le journal de Che, attaqua le premier secrétaire du Parti Communiste de Bolivie, en le traitant sans hésiter, de saboteur et de traître. Paroles qui, dans ce contexte historique, non seulement visaient Monje, mais encore tous ceux qui ne respecteraient pas leurs engagements.

Cependant, le jour où la déclaration de Castro fut révélée par la presse, les traîtres de la guérilla, qu’on appelle communistes, lancèrent un cri au ciel et écrivirent dans leur journal : « Le Parti Communiste de Bolivie n’accepte pas la tutelle de personne, tout révolutionnaire génial ou expérimenté qu’il soit ». Peu de temps après, comme on pouvait le supposer, Fidel Castro reprit ses paroles dans un article qui, en plus de servir d’introduction au « Journal du Che », disait textuellement : « Mario Monje en brandissant le titre de Secrétaire du Parti Communiste Bolivien, prétend ravir au Che le commandement politique et militaire du mouvement, sans détenir aucune expérience de guérilla et sans même avoir livré un seul combat. Mais Monje, non satisfait du résultat, se consacre à saboter le mouvement en interceptant à La Paz des militants communistes bien entraînés qui allaient se joindre à la guérilla »; un fait qui a été « accompli de manière criminellement frustrante par des dirigeants incapables, charlatans et manipulateurs ».

En corroborant cette affirmation, Jesús Lara écrivit : « Un jour, entre mai et juin 1967, Loyola Guzmán se présenta au comité régional de Cochabamba avec une note de Jorge Kolle. Il apportait la mission d’augmenter les forces en hommes à Ñancahuazú. Ce soir-là, le comité régional réuni en plénière accueillit avec ardeur la demande et y accéda. On dit qu’il y avait une vingtaine de jeunes prêts à partir. Loyola retourna à La Paz, satisfait d’avoir accompli avec succès sa mission. Il devait ensuite envoyer un instructeur et un guide chargés de conduire les forces à la montagne. Mais le jour suivant, un fonctionnaire arriva de La Paz avec le contrordre formel de Kolle lui-même : le comité régional de Cochabamba ne devait pas envoyer un seul homme à Ñancahuazú. Les camarades qui souhaitaient aller s’incorporer à la guérilla devaient le faire exclusivement par leurs propres moyens, sans compromettre le moins du monde le Parti. De cette façon, la décision du comité régional demeura inutile ».

Une fois que les traîtres furent dévoilés par les faits historiques, ils n’eurent aucune autre alternative que de changer leurs conceptions vu que Ñancahuazú n’était plus, dans leurs écrits et dans leurs paroles, l’épopée annonciatrice de la révolution socialiste, mais seulement une aventure malchanceuse. Le Che cessa d’être un patriote latino-américain pour se convertir en un stratège erratique et les guérilleros en petits bourgeois désespérés.


1. Tania, la guérillero inoubliable

Lorsque Tamara Bunker (Tania) arriva en Bolivie en novembre 1964 sous le nom de Laura Gutiérrez, de nationalité argentine et ethnologue de profession, un vent qui soufflait en aymara la précéda à la frontière andine.

Tania vécut à La Paz en donnant l’apparence d’être une personne riche et, en se targuant de sa vaste culture et de son intelligence, elle commença à se lier d’amitié avec des personnalités proches de la coupole gouvernementale. Elle se maintint ainsi camouflée pendant longtemps sans que personne ne se méfie d’elle, ni même les présidents René Barrientos Ortuño et Alfredo Ovando Candia aux côtés desquels apparaît son visage sur une photographie prise lors d’un rassemblement paysan.

TaniaAu commencement de la phase de préparation et d’organisation de la lutte armée, Tania était déjà un engrenage indispensable dans le développement du travail urbain de la guérilla, bien que « l’idée générale de son utilisation par le Che -rapporte Harry Villegas (Pombo)- n’était pas qu’elle participa directement à l’exécution des actions. Pourtant, étant donné ses possibilités de contacts dans les hautes sphères gouvernementales et à l’intérieur des milieux où elle pouvait obtenir tous les types d’informations stratégiques et d’importance tactique, Che la destinait ouvertement à ce genre de tâche et la gardait comme réserviste, d’un point de vue opérationnel; il se la réservait aussi au cas où à un moment déterminé, il eût été nécessaire d’utiliser une personne qui ne fut point suspectée, ou encore de pouvoir compter sur une personne fiable pour cacher quelques camarades (incluant même la possibilité pour elle de recevoir un messager qui viendrait avec quelque chose d’extrêmement important) ».

En décembre 1966, à la veille du Jour de l’An, Tania et Mario Monje arrivèrent au campement guérillero où les attendait le Che. Son arrivée fut une vraie joie pour tous, non seulement parce qu’on la connaissait depuis Cuba, mais encore parce qu’elle emportait avec elle des enregistrements de musique latino-américaine.

À cette occasion, le Che parla en premier avec Tania et puis après avec Monje. Il chargea Tania d’aller en Argentine pour s’entretenir avec Mauricio et Jozami et les inviter au campement. À Monje qui prétendait détenir le commandement suprême de la lutte armée, il dit : « La direction de la guérilla, c’est moi qui l’ai et à ce propos je n’admets aucune ambiguïté, parce que « j’ai de l’expérience militaire et que tu n’en as pas ». Ce à quoi Monje rétorqua : « Tant que la guérilla se déroule en Bolivie, moi, je dois détenir le commandement absolu (…) » Maintenant, si la lutte devait se déplacer en Argentine, je suis disposé à y aller avec toi, mais certainement pas pour transporter ton sac à dos. »

À peine Tania eut-elle accompli sa mission en évitant les obstacles, qu’elle revint accompagnée entre autres de Ciro Bustos (survivant de la guérilla de Salta). Et en désobéissant aux instructions de Che qui lui ordonnait de ne pas revenir à Camiri car elle courait le risque d’être repérée, celle-ci conduisit en jeep Régis Debray, Ciro Bustos et autres à la Maison de Calamina de Ñancahuazú.

Cela fut son troisième et dernier voyage à la base de la guérilla, puisqu’à partir d’alors, elle serait incorporée à la lutte armée. C’est-à-dire qu’elle partagerait avec ses camarades, tout ce qu’elle avait appris à Cuba. Le Che, en la considérant tel un combattant de plus, lui remit un fusil M-1.

Son adaptation au milieu géographique fut étonnamment rapide même en terrain accidenté. « Il y avait des moments où l’on devait s’attacher à une corde –dit Pombo- et avec l’agilité d’un chat pratiquement, s’agripper aux roches; nous pouvons dire en toute sincérité que Tania le fit dans bien des cas avec davantage d’efficacité que plusieurs camarades qui, bien qu’étant des hommes, n’étaient pas adaptés à ce type de conditions de vie ».

Malgré tout des mois plus tard, à cause de son état de santé fragile, le Che la plaça dans le groupe d’arrière-garde où il y avait plusieurs éléments considérés comme « rabougris » et où les valeurs stoïques de Tania pouvaient servir d’exemple à plusieurs de ses camarades aux côtés desquels, quatre mois plus tard, elle allait tomber sous les balles dans l’embuscade du Vado del Yeso [2].

À la fin d’août 1967, la troupe de guérilleros commandée par Vilo Acuña Núñez (Joaquìn) surgit au Rio Grande et en en longeant les rives aboutit en fin de journée à la maison de Honorato Rojas au sujet duquel le Che avait dit des mois auparavant : « Ce paysan est du genre incapable de nous aider, mais incapable aussi de prévoir les dangers qu’il encourt, donc en soi potentiellement dangereux ».

Quand l’arrière-garde contacta Rojas, personne ne pensait que la délation de ce lâche les enverrait sous le feu ennemi. En effet, lorsqu’il fut appréhendé ainsi que d’autres paysans, il s’engagea à collaborer avec les troupes du régiment d’infanterie Manchego 12.

Pendant la nuit, les guérilleros dormirent dans la maison du paysan et, dès l’aube se retirèrent selon l’entente de la veille à savoir qu’il les guiderait par un raccourci jusqu’au Vado del Yeso.

La même nuit, une compagnie de soldats dirigés par le capitaine Mario Vargas se dirigea vers le Masicuri Bajo. Le jour suivant, le chef du détachement discuta des derniers détails du plan avec Rojas. « Faites ce que les guérilleros vous ont dit –lui dit-il- mais faites-leur passer le gué à l’endroit que je vous dis et pas plus tard que quinze (15) heures. »

Le 31 août à l’heure convenue, les guérilleros rencontrèrent le paysan qui les guida ça et là et leur indiqua le gué. Soudain, la colonne fit une halte et le lieutenant Israel Reyes (Braulio), comme en pressentant l’holocauste annoncé, dit : « Il y a beaucoup d’empreintes de pas par ici ». Le paysan répondit dubitativement : « Ce sont celles de mes fils qui gardent les cochons ».

Les guérilleros avancèrent un peu et avant que le crépuscule n’arrive, le paysan se retira en leur donnant la main. Ensuite il s’éloigna sans se retourner, de sorte que sa chemise blanche serve de signal aux soldats embusqués sur les rivages du cours d’eau, prêts à appuyer du doigt sur la détente.

Le capitaine Vargas en détectant les guérilleros entre les arbres qui assombrissaient le sentier, leva ses jumelles à la hauteur de ses yeux et distingua la silhouette de Tania; c’était une femme très blanche et pâle au milieu de cette steppe verte; elle était amaigrie par les privations de la lutte. Elle portait des pantalons de camouflage, des bottines de soldat, une blouse déteinte, un sac à dos et un fusil à l’épaule.

La distance entre les protagonistes se faisait de plus en plus courte. Braulio entra dans l’embuscade et les soldats braquèrent leurs armes vers les guérilleros.

Braulio fut le premier à ressentir la tiédeur de l’eau. Il tourna la tête et, machette à la main donna l’ordre de traverser la rivière. Tania avançait en arrière-garde précédée par un guérillero bolivien que le Che avait déjà qualifié de « tire-au-flanc ». Lorsqu’ils furent immergés dans l’eau –à l’exception de José Castillo- en soutenant leurs lourds sacs et leurs armes au-dessus de la tête, le capitaine Mario Vargas intima l’ordre d’ouvrir le feu. Les tirs vibrèrent tel des cordes de guitare tendues et, au milieu d’un tourbillon d’eau et de corps, les combattants furent abattus avant de pouvoir fuir.

Ceux qui ne moururent pas sous la première décharge se laissèrent emporter par le courant ou plongèrent sous l’eau. Braulio en faisant d’agiles contorsions tira un soldat qui était sur le flanc pendant que les autres mouraient en tirant n’importe où en l’air. Tania essaya de manipuler son fusil avec adresse, mais une balle lui traversa le poumon et l’étendit dans une mare.

Parmi, les vêtements qui sentaient le roussi, le sang et les cadavres, il resta deux prisonniers puis un autre qui s’esquiva dans les broussailles jusqu’à ce qu’une patrouille de ratissage ne tombe sur lui et le crible de balles sur-le-champ.

Au bout du massacre, les soldats qui tiraient encore sur toute forme vague qui flottait sur l’eau ne parvinrent pas à trouver le cadavre de Tania. Le médecin José Cabrera Flores (Negro), en la voyant blessée, veut la sauver et se laisse emporter par le courant. Le médecin atteint un rivage en traînant le corps de la femme guérillero. Il vérifie qu’elle est bien morte, abandonne le cadavre et erre par les sentiers jusqu’à ce qu’on le retrouve grâce au pistage de chiens. Le médecin est assassiné par le sanitaire de la patrouille qui le captura. Les soldats poursuivent la recherche de Tania et après sept jours retrouvent son cadavre sur le rivage. On retrouva aussi son sac à dos avec quelque chose qui lui plaisait tellement tout au long de sa vie : la musique latino-américaine.

La mission accomplie, les soldats entament leur marche vers Vallegrande avec les corps des guérilleros attachés à de longues branches.

Le capitaine Mario Vargas est décoré de galons et promu Major de l’armée pour sa fulgurante carrière militaire en même temps qu’il est victime de troubles psychiques et de cauchemars angoissants dans lesquels il voit Tania se réincarner avec le fusil bien haut, disposée à venger sa mort.

2. La nostalgie combative de Inti.

Il était agile et de taille moyenne; il avait le visage allongé, les sourcils garnis et les yeux renfoncés. Il milita dans le Parti Communiste et participa à la fondation de l’Armée de Libération Nationale (ALN) [3] aux côtés d’autres jeunes boliviens qui firent leurs campagnes près du Che.

Étant adolescent et attiré par les mystères qui entourent les forêts de l’orient bolivien, il abandonna ses études secondaires et devint autodidacte. Des années plus tard, lorsqu’il joignit la guérilla commandée par le Che, quelque chose lui mijotait presque dans l’esprit en lui annonçant la future tragédie : peut-être le fait que Ñancahuazú n’offrait pas les mêmes conditions stratégiques que Camiri où les paysans avaient déjà surmonté leur prostration féodale pour se transformer en de solides prolétaires industriels.

Inti, après avoir franchi la distance, arriva à la base de la guérilla. Son regard se posa sur la figure du Che et son visage s’illumina de bonheur et d’étonnement. L’impression que lui causa la personnalité de cet homme au visage barbu se perpétua dans son esprit. « C’était la nuit du 27 novembre 1966 – se souvient Inti -. Plusieurs réactions me frappèrent : un grand trouble causé par le respect que j’avais (et que j’aurai toujours) envers le Che; une émotion profonde; la fierté de lui serrer la main et une satisfaction difficile à décrire, celle de savoir avec une absolue certitude qu’en ce moment-là, je me convertissais en un des soldats de l’armée que dirigeait le plus fameux commandant guérillero (…) Un peu après, Pombo me remit une carabine M-2 (ma première arme) et l’équipement de combattant. Cependant, cette nuit-là, ma vie de vrai révolutionnaire commença. Position dans laquelle je me maintins tout au long de la lutte, en voyant mourir devant mes yeux, à portée de mains un premier guérillero, un jeune au physique très maladif qui, après avoir fait un faux pas en un brusque mouvement, tomba dans les eaux turbulentes du Río Grande. Immédiatement, Rolando plongea en essayant de le sauver, mais il était trop tard. Après, un autre guérillero bolivien (Carlos) disparut dans les eaux troubles de la rivière et le Che nota dans son Journal : « Il était considéré comme le meilleur des boliviens de l’arrière-garde de par sa sérénité, son sérieux et son enthousiasme… ».

Malgré ces incidents, les guérilleros poursuivirent la marche jusqu’à ce matin de mars, alors qu’ils entendirent à peine de forts clapotis dans la rivière et qu’ils s’emparèrent de leurs armes pour tendre un siège aux soldats. Soudain, une fusillade intermittente retentit. Lors du cesser le feu, les guérilleros pouvaient dénombrer sept (7) morts, six (6) blessés, onze (11) prisonniers et quelques officiers qui parlèrent de tout ce qu’ils savaient.

Le 10 avril, les guérilleros livrèrent deux combats en un jour. L’un après les premières lueurs de l’aube et l’autre avant que ne pâlissent les derniers rayons du crépuscule; deux affrontements lors desquels ils désarmèrent l’armée et à cette occasion, le Major Rubén Sánchez fut fait prisonnier. Celui-ci qui, selon le récit de Inti, se comporta avec « hauteur et dignité ». Il accomplit avec un admirable respect, l’engagement qu’il avait contracté avec la guérilla et épargna la vie de Régis Debray.

Le 8 mai, à la hauteur de la rivière Ñancahuazú, les guérilleros tendirent une nouvelle embuscade à une troupe dirigée par un sous-lieutenant qui s’approcha vers les fusils camouflés dans une valise. Quand un soldat détecta les guérilleros, le sous-lieutenant tira de façon écervelée sur toute ombre qui bougeait autour. Les guérilleros, retranchés derrière la traverse répondirent par un tir soutenu en l’abattant sur-le-champ.

Le sous-lieutenant se redressa à l’aveuglette, à tâtons, fit volte-face et se mit à courir en direction de la rivière avec une balle logée dans le corps. Ensuite, un autre tir le fit tomber dans un bruit sourd. En regardant dans son sac, on découvrit une lettre dans laquelle son épouse lui demandait un scalp de guérillero « pour décorer le salon de la maison ».

Pendant ce temps, les mercenaires du gouvernement suivaient les pistes des combattants. Le Che et son groupe d’avant-garde décimé arrivèrent le 6 octobre à la faille du Churo où ils passèrent la nuit sous un rocher qui avait la forme d’un toit. L’après-midi du 7 octobre, une paysanne passa devant son regard vigilant en conduisant un troupeau de chèvres. Trois guérilleros la suivirent jusqu’à sa maison et, à la tombée de la nuit, ils constatèrent que la vieille dame vivait avec une fille paralytique et une autre naine. Ainsi, ils continuèrent la marche à l’intérieur de la faille, en traversant des sites extrêmement rocailleux; cette marche que la myopie du chinois rendait à chaque fois plus lente et plus fatigante.

Le matin du 8 octobre, un vent glacial soufflait en provoquant des frissons et en faisant geler le bout des doigts. « Ceux qui ont des blousons les enfilent… », dit Inti.

Les guérilleros, en détectant la présence des Bérets Verts organisèrent immédiatement la prise de positions dans un petit canyon latéral. Le Che mit Urbano et Pombo dans la partie supérieure de la faille; Benigno, Aniceto et Willy dans la partie extrême inférieure et envoya Pachunga sur le flanc gauche comme observateur. Après, il donna les instructions à savoir que le combat ne commencerait pas tant qu’il n’en donnerait pas l’ordre.

À huit heures du matin, on entendit le premier tir de la compagnie et, deux heures plus tard, le combat commença dans la partie supérieure de la faille. Urbano et Pombo résistèrent en maintenant l’armée à distance pendant que les autres se retiraient en bas de la faille. Tout paraissait indiquer que le Che détecta la progression de l’armée – dit Pombo - . Il prit comme mesure de parler à Urbano et à moi qui étions dans la partie supérieure, par Ñato et Aniceto. Lorsqu’ils arrivèrent là où nous étions, ils nous avisèrent que le Che disait que nous devions retourner. À ce moment, l’armée vit qu’ils étaient deux dans la faille et ils commencent à tirer. Alors commença une fusillade. Vu qu’on commençait par nos positions et que le Che nous avait donné l’indication que l’on gardât cette position, coûte que coûte pour assurer la retraite des autres, nous envoyâmes Aniceto pour qu’il demande au Che si le combat était commencé, si nous devions nous retirer ou accomplir l’ordre initial. Aniceto y alla, mais lorsqu’il arriva au poste de commandement, celui-ci s’était déjà retiré. Il revint là où nous étions, mais on le tira à la tête et on le tua. » Alors les soldats crient de leur position : « On en a eu un! On en a eu un! ».

Les guérilleros commencent le repli et pendant que le tir va en décroissant, le Che reste pour couvrir la retraite des blessés jusqu’à ce qu’il soit blessé lui-même au mollet droit. Un autre projectile perfora le canon de son fusil. Il n’y avait pas moyen de poursuivre la résistance et il commença donc à escalader un versant de la faille, aidé par Willy. Le Chinois (Chino) quant à lui, dépouillé de ses lunettes par une branche restait là pour tenter de les retrouver; moment critique lors duquel il tomba à la merci des soldats tout comme Willy et le Che.

Pendant que cela se produisait d’un côté de la faille, de l’autre, Urbano et Pombo faisaient des prouesses pour sortir d’une cache à un vallon mais on leur coupa le passage par des rafales de mitraillettes. Pombo saute, sort en courant et arrive où se trouve Nato. Dans le repaire, il ne reste plus que Urbano. On tire sur lui. On ne lui donne pas d’angle de tir et on décide de le faire sortir grâce à une grenade. De sorte que le nuage de poussière produit par l’explosion lui permette de sortir en vie.

Les guérilleros avancent vers la dune qui était le point de rencontre. Sur leurs pas, ils trouvent le sac à dos du Che et en l’examinant, ils constatent que l’on avait emporté toutes les choses de valeur. Quand ils arrivent au pied de la dune, ils entendent des sifflements et des voix : « Connards, connards n’avancez pas, les soldats sont sur la dune d’en face ». C’était Benigno, Dario et Inti qui, depuis leur position, avaient mis quelques soldats hors de combat.

Il commençait à faire nuit lorsque nous parvînmes à rejoindre Pombo, Urbano et Ñato et à chercher nos sacs à dos –raconte Inti-. Là, nous étions dans nos affaires. Nous demandâmes à Pombo :

- Et Fernando (Che) ?

- Nous pensions qu’il était avec vous, nous répondirent-ils.

À la tombée de la nuit, enveloppés dans les bruits de la nature, les six fugitifs rompirent le siège. Dès lors, ils avancèrent seuls dans l’obscurité, convaincus qu’ils étaient que la nuit est vraiment la maîtresse du guérillero. Ils marchèrent dans des zones inexplorées en apprenant une fois encore à survivre dans des conditions difficiles. Des jours et des nuits sans manger ni dormir, en supportant le poids du sac à dos, en escaladant des collines pour ensuite redescendre en roulant comme des boules qui arrachent les herbes de la montagne, en voyant des hélicoptères survoler la cime des arbres; en échappant à leurs poursuivants dans des falaises de rochers enchevêtrés et épineux, en traversant des ruisseaux et des chemins abruptes.

Rompre le siège tendu par l’ennemi coûta la vie à Ñato qui, bien près de s’évader par une dune, fut atteint par une balle qui le prit par surprise. Les autres continuaient en s’éloignant de leurs poursuivants, en percevant les voix de plus en plus loin; puis après, seulement l’écho de leurs propres pas.

Inti et Urbano furent les premiers à passer du labyrinthe de la montagne à l’asphalte de la ville.

Deux ans plus tard, quand Inti fut décelé par les sbires du gouvernement dans une maison de sécurité, le Ministère de l’Intérieur reçut des ordres formels du Service de l’Intelligence Militaire pour éradiquer toutes les racines de l’Armée de Libération Nationale (ELN) dirigée dans la clandestinité par Guido Peredo Leigue (Inti).

À l’aube du 9 septembre 1969, un groupe des forces combinées encercla la maison de sécurité où se réfugiait l’insoumis. Sur-le-champ, les assaillants ouvrirent le feu de tous les angles possibles. À l’intérieur de l’habitation, Inti tenta de se défendre avec un pistolet qui s’enraya. Il voulut alors lancer une grenade, mais une balle l’atteignit au bras. La grenade frappa le seuil de la porte et éclata dans la pièce. Atteint par les vitres qui volèrent de partout, Inti tomba gravement blessé aux mains de ses bourreaux qui, sans hésiter, le transférèrent dans les bureaux du Ministère de l’Intérieur où ils lui fracassèrent le crâne à coups de crosses de fusils.

3. La mort héroïque du Che

La même année qu’on décréta la Réforme Agraire en Bolivie, un jeune argentin du nom de Ernesto Guevara de La Serna passa par La Paz; de caractère aguerri et médecin de profession.

Ce personnage à l’intelligence vive et à la profession libérale se vit rapidement interpellé par les cris révolutionnaire d’un peuple qui achevait de démolir l’oligarchie nationale en brandissant les mêmes armes que la bourgeoisie avait inventées. Ce fut peut-être, la première école où le Che apprit à respirer la poudre de la révolution puisque, quatorze années plus tard, il offrirait son sang pour la liberté en ce même territoire.

Le « Che d’Amérique » qui dans ses rêves voyait les Andes comme la Sierra Maestra [4] de la libération continentale, revint en Bolivie en novembre 1966 via Madrid et Sao Paulo, sous le pseudonyme de Adolfo Mena Gonzáles de nationalité uruguayenne et en tant qu’ « envoyé spécial de l’Organisation des États Américains (OEA) ». Le Che avec d’autres guérilleros partit vers Cochabamba; de là, ils empruntèrent la route de Santa Cruz en vue d’effectuer un détour à Camiri où la civilisation arrivait à peine, où fut découvert le pétrole et où le sang coulait et que la guérilla était à peine découverte.

La nuit du 7 novembre, le Che entra dans une zone différente de la Sierra Maestra, dans une région où les conditions naturelles étaient défavorables pour développer la lutte vu que Ñancahuazú, contrairement à la Sierra Maestra, présentait des chaînes de montagnes arides et rocailleuses; des territoires dépourvus d’arbres fruitiers et faibles en faune; des rivières abondantes et des sentiers qui ne pouvaient être parcourus que machette à la main; un climat suffocant en été et, en hiver, froid et pluvieux. C’est-à-dire que la survie dans cette zone du sud-est bolivien se transformait en véritable odyssée. En outre, la Sierra Maestra où avait combattu auparavant le Che aux côtés de Fidel Castro, était une région économiquement active qui permit au Mouvement 26 de Juillet de former un réseau de collaborateurs parmi les leaders de l’endroit. À Ñancahuazú par contre, mises à part les régions qui ne figuraient même pas sur les cartes officielles, les habitants des localités allaient agir comme de véritables mouchards.

En tout, le Che qui détestait le désordre, se donna comme tâche d’organiser une base d’arrière-garde qui servirait de campement d’entraînement militaire, de dépôt d’armes, de médicaments, de vivres et surtout, de « première école de cadres », avec des classes en plein air où les guérilleros les plus talentueux donneraient des leçons de grammaire, d’arithmétique, d’histoire, d’économie politique et de langues.

Le Che, après avoir expliqué que les cubains n’étaient pas dans le maquis pour faire la révolution à la place du peuple bolivien, mais pour aider à déchaîner l’insurrection populaire, entreprit la tâche d’explorer de nouvelles bases d’opérations en perdant des combattants dans les eaux du Rio Grande et lors de quelques escarmouches. Pendant que cela se passait à Ñancahuazú détaché de toute activité urbaine, les circonscriptions minières étaient encerclées par l’armée, dans la nuit du 23 juin 1967. À Siglo XX, Llallagua et Catavi, non seulement les feux de la Saint-Jean s’allumèrent, mais bien aussi les feux des mitraillettes qui firent taire les sirènes plaintives du syndicat et qui criblèrent de balles les travailleurs, en argumentant que leurs dirigeants avaient décidé d’appuyer militairement et économiquement la guérilla.

Debray (en el centro), en 1968

Régis Debray, en se référant à ce massacre impuni, écrivit : « Dans la vallée comme dans les mines, le cri révolutionnaire était étouffé, en même temps, par les mêmes armes et par les mêmes ennemis (…) Ni les guérilleros, ni les mineurs ne pouvaient atteindre leurs objectifs respectifs en étant séparés les uns des autres (…) Il y a quelque chose de pathétique dans ce rendez-vous manqué; c’est que chacune des parties se mutile l’une l’autre par l’absence de l’une et de l’autre. La guérilla était comme un fer de lance sans lance, une pointe acérée, mais sans manche qui n’offrait aucun appui pour qu’un usager collectif socialement apte la prenne et en fasse une arme offensive audacieuse qui dut servir. Et l’avant-garde de la classe ouvrière était comme une hache de bois sans fer au bout, comme une arme sans tranchant ni pointe, dépourvue d’efficacité militaire même pour se défendre contre l’agression ennemie. La réunion de ces deux éléments distincts aurait amené la constitution d’une réponse armée de classe, d’un véritable instrument de victoire ».

À mesure que les heures se faisaient jours et les jours mois, l’asthme implacable du Che lui coupait la respiration. Malgré tout, la troupe de guérilleros continuait sa marche en essayant de retrouver le groupe de Joaquín qui s’était perdu dans le maquis par manque de moyens de communication, avec la perspective de stimuler la lutte révolutionnaire dans les villes et compter, une fois pour toutes sur l’appui des paysans.

Le Che et une vingtaine de guérilleros remontaient vers le nord à la recherche de zones plus propices à la résistance sans avoir déjà suffisamment de réserves alimentaires et ébranlés par la nouvelle de la perte des cavernes où ils avaient déposé leurs documents et leurs médicaments. C’est-à-dire que la victoire devenait chaque fois plus diffuse, malgré qu’on se maintienne avec un moral inébranlable.

Dans son résumé du mois de septembre, le Che nota dans son journal : « Les caractéristiques sont les mêmes que celles du mois dernier, sauf que oui maintenant, l’armée démontrait plus d’efficience dans ses actions et aussi que la masse paysanne ne nous aide en rien, même qu’elle se transforme en délatrice ». À cela s’ajoutaient les déclarations de Camba et de León qui, profitant de l’une des escarmouches désertèrent en laissant fusils et sac à dos. Et surtout, par-dessus tout, la mort de Miguel, Coco et Julio qui furent abattus dans une embuscade dépourvue de défense naturelle. « L’embuscade de La Higuera – dit Inti – marqua une étape angoissante et difficile pour nous. Nous avions perdu trois hommes et nous n’avions pratiquement plus d’avant-garde ».

Cependant, le colonne de guérilla réduite à un groupe de dix-sept (17) figures silencieuses avança en faisant fi des dangers et en se camouflant dans l’obscurité jusqu’à atteindre le vallon du Churo où les collines arides et les arbustes n’offraient aucune protection qui leur aurait permis d’éviter l’ennemi.

Le 8 octobre, l’air était glacial et diaphane. Les Rangers entouraient secrètement le Churo et le Che, pour la dernière fois, affronta face à face ses adversaires. Fait prisonnier, avec une blessure à la jambe et sans arme, il fut conduit sous des ruées de coups vers la petite école rustique de La Higuera.

La capture du guérillero fut communiquée immédiatement au président de la république qui, de mauvaise humeur à cause de la publicité qu’avait générée le procès de Régis Debray, demanda que les généraux des trois forces décident du sort du guérillero. Selon ce qui se sut après, le vote des généraux fut unanime en faveur de l’exécution.

Le jour suivant, à la première heure, un hélicoptère rempli de militaires de haut rang atterrit à La Higuera. Andrés Selich fut le premier à interroger le Che. Le militaire lui donna un coup au visage et le Che lui cracha dans les yeux. On su aussi que le général Alfredo Ovando Candia, au moment de donner des ordres à ses subalternes, dit : « Liquidez les prisonniers de quelque manière que ce soit, mais liquidez-les ». Aussitôt après, les mêmes auteurs du fameux massacre dans les mines, montèrent dans l’hélicoptère et prirent congé en direction du siège du gouvernement.

Passé midi, les assassins accomplirent les ordres. Un caporal et un lieutenant entrèrent dans la classe où étaient Chino et Willy. Ils se mirent près de la porte et pointèrent leurs M-1 respectifs. « Face au mur! », ordonna le lieutenant. « Si vous êtes pour me tuer, je veux vous voir en face », répliqua Willy. Quelques secondes plus tard, une décharge de fusil liquida les guérilleros.

Una de las fotos que se conocen del Che muerto

Le colonel Zenteno Anaya, protagoniste principal du Churo, transmit les ordres d’exécuter le suivant sous les conseils de la CIA et d’ainsi mettre un point final à l’un des épisodes les plus transcendantaux de la cellule de guérilla en Amérique Latine.

En 1977, « Paris Match » publia le témoignage du sous-officier Mario Terán qui, saoul, acheva le Che : « J’ai douté pendant quarante (40) minutes avant d’exécuter l’ordre – confessa-t-il - . J’allai voir le colonel Pérez dans l’espoir qu’il l’eut annulé. Mais le colonel se mit en colère. Il en fut ainsi. Ce fut le pire moment de ma vie. Quand j’entrai, le Che était assis sur un banc. En me voyant, il me dit : « Vous êtes venu pour me tuer ». Je me sentis intimidé et baissai la tête sans répondre. Alors il me demanda : « Qu’ont dit les autres? » Je lui répondis qu’ils n’avaient rien dit et il rajouta : « C’étaient des hommes courageux! » Je me préparai à tirer. À ce moment-là, je vis le Che grand, très grand, immense. Ses yeux brillaient intensément. Je sentais qu’il me regardait de haut et quand il me regarda fixement, cela me donna le vertige. Je pensai que d’un mouvement rapide, le Che aurait pu m’enlever l’arme. « Soyez serein – me dit-il – et visez bien! Vous n’allez tuer qu’un homme! » Alors je fis un pas en arrière vers le seuil de la porte, je fermai les yeux et tirai la première rafale. Le Che, les jambes coupées, tomba au sol, se contorsionna et commença à saigner abondamment. Je retrouvai mes esprits et tirai la seconde rafale qui l’atteignit au bras, à l’épaule et au cœur. Il était déjà mort ».

À 13h00 passées, tout était conclu pour la CIA et ses partisans concitoyens.

Les documents du Che passèrent de son sac à dos à une boîte de chaussures que l’on déposa dans le coffre-fort du Haut Commandement Militaire Bolivien, classés comme « secrets militaires »; son fusil fut remis entre les mains du colonel Zenteno Anaya, sa montre Rolex au poignet du colonel Andrés Selich et sa pipe dans le sac à dos du sergent Bernardino Huanca alors que toute l’action du Che alla occuper un lieu privilégié dans l’histoire universelle.

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Bibliographie

- Daher, Ricardo : La gesta boliviana, Liberación, Malmoe, octobre de 1987.
- Debray, Régis : La guerrilla del Che, Ed. Siglo XXI, Argentina, 1975.
- Debray, Régis : La crítica a las armas, Ed. Siglo XXI, México, 1975.
- Daher, Ricardo : La gesta boliviana, Liberación, Malmoe, octobre de 1987.

- Guevara, Ernesto Che
: Obras 1957-1967. I. La acción armada, Ed. Franç
ois Maspero, Paris, 1970.

- Lara Jesús : Guerrillero Inti, Ed. Los Amigos del Libro, Cochabamba, 1971.
- Peredo-Leigue, Guido Inti : Mi campaña junto al Che, Ed, Siglo XXI, México, 1979.
- Rojas, Martha. Rodriguez, Mirta : Tania, la guerrillera inolvidable, Ed. Instituto Cubano del Libro, La Habana, 1974.
- Vacaflor, Humberto : Los diarios inéditos del Che, Cambio 16, Madrid, junio de 1984.



Notes

[1] NdT : PCB, Parti Communiste Bolivien (Partido Comunista Boliviano).
[2] NdT : littéralement, le « Gué de Plâtre ». On peut supposer que la rivière où se trouvait ce passage à gué (lieu de l’embuscade), avait un lit composé fortement de gypse.
[3] NdT : Ejército de Liberación Nacional (ELN).
[4] NdT : à Cuba, la Sierra Maestra est la chaîne de montagnes où Fidel Castro débarqua et prit le maquis en 1959 pour réussir finalement à porter la révolution au pouvoir en dégommant Batista.


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VÍCTOR MONTOYA est né à La Paz en Bolivie, le 21 juin 1958. Il est écrivain, journaliste culturel et pédagogue. Il a vécu dans les centres miniers de Siglo XX et de Llallagua. En 1976 pendant la dictature militaire de Hugo Banzer, il fut persécuté, torturé et emprisonné. Alors qu’il était au centre Panóptico Nacional de San Pedro et à la prison à sécurité maximum de Viacha-Chonchocoro, il écrivit son livre témoignage Huelga y represión [Grève et répression]*. Libéré de prison grâce à une campagne d’Amnistie Internationale, il arriva en tant qu’exilé en Suède, en 1977.

Il poursuivit ses études de pédagogie à l’Institut Supérieur des Professeurs de Stockholm. Il dispensa des cours de langue quechua, coordonna des projets culturels pour une bibliothèque, dirigea les Ateliers de Littérature et pratiqua l’enseignement pendant quelques années. Il collabore actuellement à des publications en Amérique Latine, aux États-Unis et en Europe.

Œuvres principales: Días y noches de angustia (1982) [Nuits et jours d’angoisse], Cuentos violentos (1991) [Contes violents], El laberinto del pecado (1993) [Le labyrinthe du péché], El eco de la conciencia (1994) [L’écho de la conscience], Antología del cuento latinoamericano en Suecia (1995) [Anthologie du conte latino américain en Suède], Palabra encendida (1996) [Parole enflammée], El niño en el cuento boliviano (1999) [L’enfant dans le conte bolivien], Cuentos de la mina (2000) [Contes de la mine] Entre tumbas y pesadillas (2002) [Entre tombes et cauchemars], Fugas y socavones (2002) [Fuites et nids-de-poules], Literatura infantil: Lenguaje y fantasía (2003) [Littérature enfantine: langage et fantaisie], Poesía boliviana en Suecia (2005) [Poésie bolivienne en Suède].

Il a aussi dirigé les revues littéraires PuertAbierta [PortOuverte] et Contraluz [Contre-jour]. Il a mérité des prix et des bourses pour son œuvre littéraire. Il est membre de la Société des Écrivains Suédois et du PEN-Club International. Il y a beaucoup de ses contes traduits et publiés dans des anthologies internationales. Il est l’éditeur responsable de la publication électronique des Narradores Latinoamericanos en Suecia [Narrateurs latino-américains en Suède]:
www.narradores.se

Original en castellano del presente artículo


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- Imágenes (orden descendente): Ernesto Che Guevara en Bolivia (en Wikimedia Commons; dominio público) | Ruta de El Che en Bolivia (Mapa realizado por Pepe Robles; en Wikimedia Commons; dominio público) | Tamara Bunker (Tania); en Wikimedia Commons; dominio público | Regis Debray, en 1968 (en Wikimedia Commons; dominio público) | El Che, ejecutado (dominio público: ver en Wikimedia Commons).





Revista Almiar (Madrid; España) / n.º 30 / octubre-noviembre 2006
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